Je n’y ai pas échappé. Durant ma première grossesse, j’ai reçu des conseils de toute nature concernant ma vie qui allait don’ changer. On m’a prémunie contre le manque de sommeil, des heures aspirées dans le trou noir des soins à apporter à un nouveau-né, la difficulté à trouver du temps pour soi et des émotions qui vacillent au rythme vertigineux de la chute des hormones de grossesse.

J’ai souri, j’ai hoché la tête et, parfois, j’ai serré les dents. Comme n’importe quelle nouvelle maman, je me disais secrètement que ce ne serait pas pareil pour moi, que j’allais rocker le mode de vie de la jeune mère active qui fait son jogging poussette à la main, qui développe de nouveaux talents et qui se peigne, elle. Well… Disons que la réalité m’a frappée et que — littéralement — j’ai eu l’impression de recevoir un coup de pelle dans ‘face. Mes attentes vagabondaient quelque part, très loin de la vraie vie.

Dans la nuée d’avertissements reçus, il y a pourtant une chose après coup que j’aurais aimé entendre… « Ça se peut que tu te sentes ben seule par bouts, fille ».

Parlons-en de l’inexorable sentiment d’isolement de la nouvelle maman. La solitude avec un grand S, et ça, même si je suis entourée, même si les deux familles sont très impliquées dans la vie de mon enfant et même si j’ai des amies qui débarqueraient illico si je leur faisais signe que ça ne va pas. C’est n’est pas une solitude choisie, un exil de paix, un havre de plénitude, mais plutôt un esseulement sans équivoque qui se traduit par des journées à regarder les minutes passées, à supplier mentalement le retour hâtif de Papa à la maison et, dans les moments les plus difficiles, à ressentir un petit vide intérieur.

C’est un sentiment très paradoxal, car cette solitude s’inscrit bizarrement dans un moment de vie pendant lequel on n’est JAMAIS seule, qu’on a une autre personne scotchée à notre corps en permanence. Et pas n’importe quelle autre personne, celle que nous aimons plus que tout, la prunelle de nos yeux! Alors pourquoi nous sentons-nous si esseulées?!

On se tourne vers la science, pour répondre à cette question. Trois raisons causeraient le sentiment d’isolement ressenti en contexte de maternité.

Raison #1 – L’exclusivité de l’expérience de la maternité en soi : c’est maman qui porte bébé pendant 9 mois et qui voit son corps se transformer au rythme de la croissance du fœtus. C’est aussi elle qui subit une douleur innommable en accouchant, qui sent ses seins se transformer en deux belles roches avec la montée laiteuse et qui allaite aux trois heures, 24/7 (ou qui ressent la grande pression sociale de le faire!). Certes, il n’y a pas que des côtés négatifs à toutes ces expériences. Ce sont aussi des moments de vie fascinants, transcendants. Ultimement, il n’y a que maman qui les vit de l’intérieur, et ce, même si l’autre parent est plus que compatissant.

Raison #2 : La normativité sociale associée à la maternité — Traduction : on estime que c’est normal que, puisque c’est maman la plupart du temps qui accède au congé parental, ce soit elle qui sacrifie toute la vie qu’elle avait avant pour remplir sa nouvelle destinée de mère. Elle est déconnectée de son travail, de son cercle social et de ses loisirs pour être maintenant bien branchée aux soins de bébé, aux rendez-vous médicaux et aux responsabilités associées à la parentalité. Pas étonnant qu’elle puisse se sentir seule avec la longue liste d’épicerie mentale de comment bien s’occuper d’un bébé.

Raison #3 : L’ambivalence des mamans par rapport à la solitude. Autant l’on peut se sentir seule, autant l’on peut se sentir coupable de ce sentiment dès que l’on pose les yeux sur notre mini. Et autant il y a des jours où l’on cherche ardemment à connecter avec son entourage, autant il y en a d’autres où l’on fuit les appels et les textos pour rester chez soi. Plus on se sent mal de se sentir seule en présence de bébé, plus on s’isole et c’est ainsi que se scelle le cercle vicieux du confinement à la maison.

J’ajouterais à ces raisons que la solitude que l’on apprécie est celle que l’on choisit. Prendre un bain à la fin d’une longue journée avec un verre de blanc? Apaisant! Lire un livre au soleil l’été? Un ressourcement total! Aller courir avec de la musique plein les oreilles? Hello la motivation! Par contre, quand les activités solitaires d’une maman se résument à faire la série allaitement – changement de couches – lavage – ménage, et ce, sans avoir eu le temps de faire son pipi du matin et en mangeant des restes tièdes à des heures qui ne ressemblent en rien à celles des repas, il y a de quoi avoir l’impression d’être bien coincée dans un isolement forcé.

Courage, donc, mesdames, sachez que votre sentiment d’isolement est partagé par bon nombre de mamans. Le plus paradoxalement du monde, vous n’êtes pas seules.

Justine