38 semaines de grossesse, mon chum et moi nous endormons avec mon ventre bien rond entre nous deux. Nous touchons le bonheur et c’est peu dire. 40 semaines et quatre jours, l’accouchement se déclenche naturellement. Ç’a été les huit heures les plus souffrantes de ma vie, mais je suis en extase lorsque mon garçon est posé sur moi. Mon chum et moi nous sourions, nous pleurons, nous nous aimons. Les deux premières semaines suivant la naissance, nous sommes en lune de miel alors que nous tissons notre cocon familial. Nous nous trouvons bons comme parents, nous aidons continuellement avec les soins, nous nous aimons.

Puis, mon chum est retourné au travail. C’est là que la belle photo de famille a commencé à se craqueler. L’insatisfaction chez moi s’est d’abord installée sournoisement : j’ai commencé à me sentir jalouse de mon chum, parce qu’il pouvait sortir de la maison, parce qu’il ne se levait pas la nuit pour allaiter, parce qu’il n’avait pas la responsabilité du bébé 24/7. Puis, lorsque nos routines sont devenues franchement différentes, j’ai eu l’impression que nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, que nous vivions dans des vies parallèles. Nous ne nous levions plus à la même heure, partagions rarement un repas et aller au lit à la même heure était devenu mission impossible. J’idéalisais sa vie de jeune papa qui part le matin souvent sans même avoir changé une couche et il idéalisait mon congé de maternité, croyant que j’avais le luxe de faire « tout ce que je voulais ».

Tout ce qui composait notre ADN de couple avant – les soupers longuement concoctés, les marches de fin de soirée, les escapades aux quatre coins du Québec, les marathons de séries télé collés-collés et les 5 à 7 improvisés — n’existait plus dans notre nouveau quotidien de parents.

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Le baby clash

Le « baby clash », c’est l’expression utilisée pour désigner la distance qui se crée dans le couple lors de la venue d’un enfant. Symboliquement, c’est l’impression qu’un fossé se creuse entre soi et l’autre. Cela se traduit par une diminution de la satisfaction conjugale : moins de temps passé ensemble, moins d’affection et d’intimité, moins de communication, le tout combiné à une fatigue grandissante, à une hausse de l’irritabilité et à une multiplication des responsabilités parentales. Il y a de quoi faire éclater le couple le plus soudé.

Si ce n’est certainement pas la faute de bébé, sa venue au monde est cependant vue dans l’imaginaire collectif comme un scellant qui vient unir le couple, qui crée l’unité familiale. C’est donc inattendu de se sentir autant divisé et autant en colère contre son/sa partenaire quand on s’attend à se sentir plus heureux que jamais.

Dans la première année suivant la naissance de bébé, on estime qu’environ un couple sur cinq se séparera[1]. Cela traduit bien le fait que la famille n’est pas toujours signe d’union pour le couple. Quand tous les efforts sont mis au service de bébé et de la routine quotidienne, c’est difficile de trouver le p’tit change en extra dans ses poches pour réinvestir dans la relation amoureuse, mais c’est essentiel à la survie conjugale et familiale.

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Les mois se sont écoulés et nos corps qui se démenaient à garder nos têtes hors de l’eau sont finalement devenus bons nageurs dans le tourbillon qu’est la parentalité. Il a fallu revenir à ce qui nourrissait les racines de notre couple pour se réapprivoiser. C’est ainsi qu’une bouteille de blanc a fait sa place dans notre frigo pour les jours ordinaires, pour se retrouver, pour discuter de nos petits et grands projets et pour arrêter d’attendre que le moment parfait arrive.

Justine


[1] Viola Polomeno, professeure à l’Université d’Ottawa spécialisée en périnatalité