J’ai eu comme modèle des parents qui sont encore mariés après 28 ans et deux enfants. Dont le premier — moi — apparut comme un authentique accident après quelques mois de fréquentation. J’ai été témoin de certaines chicanes, j’ai souvent entendu maman ronchonner contre papa. Mon père sortait parfois prendre l’air tard le soir quand ma mère lui tapait sur le chou. J’ai aussi des souvenirs très vifs de moments de tendresse entre eux. De sourires complices. Mon père rapportait des glaïeuls du marché les samedis d’été, parce qu’il sait que mamère les aime. Dans les couples de notre famille, chez mes oncles et tantes, il y a eu plusieurs épisodes de tourmente au cours des années. Certains ont surmonté la crise; d’autres pas. J’ai vu mes parents en être profondément affectés, au point d’ébranler leur propre union. Je sais qu’ils ont consulté parce qu’ils refusaient de se perdre et je ne peux qu’imaginer ce qu’ils ont traversé.

Ce que j’en retiens, à l’aube de mes trente ans, c’est l’incroyable résilience dont ils ont fait preuve. Par ailleurs, ils s’aiment toujours. Ma mère a déjà dit « il me fait toujours rire et tant qu’il me fera rire, je l’aimerai ». Loin de moi l’idée d’écrire un texte à saveur psychopop sur les trucs et astuces pour se retrouver en tant que couple après l’arrivée d’un enfant. Googlez « le couple après bébé » et vous trouverez des milliers de pages plus ou moins fiables portant sur le sujet, ainsi que des centaines de blogues où reviennent sans cesse les mêmes commentaires. Personne n’a envie de se faire dire que le secret, c’est d’allumer des chandelles et de souper en amoureux une fois les enfants endormis. Chacun son truc; l’essentiel est de se retrouver en tête-à-tête pour reconnecter.

J’ai envie de vous expliquer en quoi je nous trouve meilleurs depuis que nous sommes parents. Meilleurs par rapport à nous-mêmes. Par « nous », je veux dire mon chum et moi, entre autres, mais aussi ces autres couples que je vois autour et qui semblent plus soudés depuis qu’ils ont de la marmaille. Si j’ai envie de parler de pourquoi je nous trouve meilleurs, ce n’est pas pour narguer ceux qui vivent l’inverse ni pour me vanter d’avoir mieux réussi. C’est surtout parce que je n’ai ni secret ni méthode infaillible à transmettre; seulement l’espoir de les inspirer, ces couples fragilisés.

Tranche de vie. Pendant ma grossesse, j’ai sincèrement cru que mon amoureux ne me toucherait plus jamais. Il était rebuté par la bedaine, ce que je pouvais tout à fait comprendre. Moi-même, je ne savais plus trop comment faire avec cet énorme ballon encombrant. Bref, il y a eu plusieurs moments où j’ai pensé qu’il ne m’aimait plus parce que les contacts physiques entre nous, même sans arrière-pensée sexuelle, étaient quasi absents. Par conséquent, notre relation a parfois été tendue. Beaucoup de non-dits, associés aux multiples craintes et questionnements provoqués par la venue prochaine de notre enfant, ont causé des frictions entre nous.

Puis, l’arrivée de Jules a eu un effet inattendu. Au lieu de nous éloigner encore plus, j’ai senti que nous nous autour de notre création pour en faire un but commun. Notre couple va mieux parce que nous nous concentrons moins sur notre nombril. Ça se traduit par une diminution des prises de bec pour des futilités qui dégénèrent. Par exemple, nous avons souvent gâché des soirées à nous obstiner parce que ni l’un ni l’autre ne savaient quel restaurant nous avions envie d’essayer. Ou parce que nous ne parvenions pas à décider quoi faire de notre journée. Nous avons perdu tellement de temps à nous picosser pour des banalités, pour la simple raison que nous n’avions rien d’autre à faire. Aujourd’hui, quand nous nous permettons une soirée en amoureux, c’est planifié; nous allons direct au but et nous
arrangeons pour en profiter au maximum. En somme, nous saisissons mieux l’importance du moment présent.

Je grogne encore quand mon chéri laisse toutes les lumières allumées sur son passage, mais je n’en fais plus un drame.

Notre couple est plus sain parce que nous avons pris le temps d’apprendre à nous connaître différemment. Devenir parent, ça rajoute une couche sur l’oignon de la personnalité (je libère les droits sur cette splendide citation). Nous nous mettons à réagir différemment, à poser des gestes nouveaux. À condition d’avoir l’esprit ouvert à ces changements chez soi comme chez son partenaire, ça peut devenir très intéressant. Il faut se laisser la chance, mutuellement, d’explorer chacun à sa façon les rôles de parent, d’amoureux et d’amant. En jetant un regard neuf sur la personne avec qui on partage sa vie et ses tâches parentales, on ravive notre intérêt pour l’être tout entier. Et ça, mes amis, c’est puissant, ça te ranime la curiosité et le désir sur un méchant temps. Dans notre cas, cette évolution s’est avérée positive sur le plan de la complicité. J’ai envie de voir la suite, de savoir jusqu’où nous pouvons aller en tant qu’individus et comme couple.


Notre couple est plus fort parce que nous comprenons qu’il y a quelque chose de plus grand que nous. J’ai de la difficulté à mettre clairement en mots ce sentiment. C’est comme une certitude profonde que nous faisons cela pour une raison qui nous dépasse. Au-delà de nos êtres, de nos petites personnes, il y a un avenir, une postérité. Notre fils est une source infinie d’apprentissages pour nous, tandis qu’il absorbe tout ce que nous lui offrons pour devenir un être humain. Je refuse qu’il grandisse au sein d’une famille déchirée. Je tiens à ce qu’il s’épanouisse dans un environnement stable et chaleureux. Qu’il parle un jour de ses parents comme d’une équipe unie et solidaire.

Évidemment, s’il fallait que ma relation avec son père devienne nocive pour nous et pour lui, je ne préserverais pas mon couple à tout prix. Mais dans
le quotidien, cette conscience absolue teinte nos choix et nos actions. Elle nous pousse à relativiser les petits irritants pour les transformer en mouvements constructifs et éviter les blessures d’orgueil, poison mortel qui tue le respect. Il va sans dire que nous sommes imparfaits et continuons de vivre des accrochages tout en nous efforçant de nous pardonner ces erreurs
pour préserver l’équilibre futur.

Comment terminer ce texte, sinon en souhaitant que quelques-uns y trouvent une motivation, un appel. Qui sait, peut-être que j’aurai donné envie à certains de brasser les cendres encore chaudes, d’insuffler un peu d’énergie à coups de brindilles pour parvenir à ressusciter la flamme.

P.S. Pour celles et ceux qui auraient envie de faire un petit test un peu psychopop, mais très pertinent, je vous recommande ceci: https://www.5lovelanguages.com/profile/couples/.
Vous n’avez qu’à entrer quelques informations pour accéder gratuitement au test en ligne (vous ne recevrez pas de courriels indésirables à moins de cocher la case à cet effet). Ce test permet de comprendre de quelle façon chacun communique l’amour; soit par des paroles valorisantes, des services rendus, des cadeaux, du temps de qualité ou des contacts physiques. En découvrant quel langage d’amour est le plus important pour soi et son partenaire, il devient plus facile de communiquer et de percevoir les preuves d’amour au sein du couple. Suggestion de ma très chère amie et collègue sexologue psychothérapeute Véronique Jodoin!

Chloé