Lorsque notre fille est née, mon conjoint et moi, tout fiers, avons envoyé des photos d’elle à nos proches. Nous n’avons rien annoncé sur Facebook ni sur Instagram. Le travail a été plus long que si nous avions publié une photo avec le prénom, le poids, la taille ainsi que la date de naissance, mais cela aura eu le mérite de nous permettre d’être en contact avec les personnes qui comptent pour nous et avec qui nous souhaitions partager cette nouvelle.

Depuis, nous les tenons au courant de l’évolution avec des photos et des vidéos de la demoiselle que nous leur faisons parvenir par courriel ou message privé. Nous avons même été assez vintages pour carrément imprimer des photos et les envoyer par la poste (Allô, les années 80!).

D’un commun accord silencieux (nous sommes comme ça nous, pas besoin de nous parler pour être d’accord *joke*), nous avons décidé de ne pas publier son visage ni son prénom ou encore sa date de naissance sur les réseaux sociaux. Pour lui, c’est facile, il n’a qu’un compte Facebook, réseau qu’il n’utilise pratiquement jamais. Pour moi qui suis active sur Instagram, c’est un autre enjeu. Quelques amis se moquent d’ailleurs gentiment de moi en me disant qu’on ne connait que les pieds ou les mains de ma fille.

D’après un récent article du Devoir, 85% des enfants de moins de deux ans ont déjà vu leur photo mise en ligne sur les réseaux sociaux.

Les deux raisons qui nous ont poussés à faire ce choix sont en lien direct avec nos emplois respectifs.

Travaillant en communication, je suis très sensible au fait que tout ce qui est publié sur Internet peut y rester (ce fameux droit à l’oubli bien présent en Europe et grand absent de notre côté de l’Atlantique) et être utilisé et altéré sans mon consentement.

En outre, mon enfant est trop petit pour pouvoir me donner l’autorisation d’utiliser son image. Qui me dit que dans 10, 15 ou 20 ans, ces images ne referont pas surface et qu’elles ne lui causeront pas du tort, car on peut la voir nue ou dans toute autre situation rigolote et attendrissante à mes yeux?

Vous pensez peut-être que je suis parano, mais entre l’intimidation grandissante sur les médias sociaux et les histoires de personnes qui n’obtiennent pas un emploi, car un potentiel employeur a pu trouver des informations intimes sur ces dernières sur Internet, j’ai choisi mon camp.

La loi française est d’ailleurs très claire à ce sujet puisque l’article 226-1 du Code pénal stipule que la publication d’image ou de vidéo d’une personne sans avoir obtenu son consentement au préalable est passible d’un an d’emprisonnement ou d’une amende de 45 000 euros. C’est aussi applicable pour nos rejetons. Nous ne sommes donc pas à l’abri de voir d’ici quelques années des enfants attaquer leurs parents en justice.1

Au Québec, la Charte des droits et libertés et le Code civil stipulent que les parents ou tuteurs légaux doivent protéger et faire respecter le droit à l’image de leurs enfants.2

De son côté, mon conjoint sexologue travaille parfois avec des consommateurs de pornographie juvénile. Pour lui, la question ne se pose même pas. Il est hors de question qu’on publie des photos de notre fille puisqu’elles pourraient se retrouver sur des sites mettant à disposition des images d’enfants afin que des personnes puissent vivre de l’excitation sexuelle en les regardant.


Comme beaucoup de décisions prises par des parents à l’arrivée d’un enfant, je crois qu’il s’agit d’un choix très personnel. Je comprends le désir de montrer et de partager son bonheur d’avoir un enfant, de le voir grandir et de faire des découvertes.

Pour nous, le partage se fait de manière privée. Nous envoyons des photos et des vidéos à nos proches spontanément lorsque nous voulons partager avec eux les doux moments que nous vivons avec notre petite demoiselle. Nous la laisserons décider (bien) plus tard, si elle a envie d’être visible sur les médias sociaux, en lui expliquant les impacts que cela peut avoir.

En attendant, nous la mitraillons avec nos appareils… et likons les photos des enfants des autres sur les réseaux sociaux.

S’agit-il d’une question que vous vous êtes posée avec votre partenaire ?


Marion