Je suis outrée.

C’est rare que ça m’arrive. C’est rare aussi que je me lance dans un texte d’opinion parce que j’ai un profond dédain pour la confrontation et je suis adepte de l’agree to disagree (traduction libre : on s’entend qu’on ne s’entend pas). Je me doute que ce que je suis sur le point d’écrire ne plaira pas à tous. Tant pis, c’est une question de vie ou de mort (je vous jure).

Je suis membre d’un groupe de moms sur Facebook. Généralement inoffensif, divertissant et souvent utile, le groupe se compose de plusieurs centaines de mères d’origines diverses, habitant majoritairement dans la grande région métropolitaine. Dans la mesure du possible, on évite le jugement et le manque de respect, sous peine d’être expulsée du groupe. De manière générale, les discussions sont courtoises et les mères s’encouragent, se conseillent mutuellement et offrent une oreille attentive. Par contre, certains sujets sont quasi tabous parce que l’expérience a prouvé que les moms sont incapables d’en débattre comme de grandes personnes, en gardant la tête froide. On a pu assister à des guerres de trolls menées par de féroces défenderesses de l’allaitement-exclusif-jusqu’à-sa-majorité, entre autres. Mais LE sujet de controverse qui enflamme instantanément les madames, c’est la vaccination.

Je suis outrée, donc. Alors que j’avais moi-même rendez-vous au CLSC pour la vaccination de 12 mois de mon caneton cette semaine, j’ai vu passer sur ce groupe, et ailleurs sur Facebook, des publications insensées. Des ramassis de désinformation, gratinés de croyances archaïques. Je suis abasourdie de constater qu’il se trouve encore des gens pour défendre une obscure théorie du complot, maintes et maintes fois réfutée, selon laquelle la vaccination cause des effets secondaires catastrophiques comme l’autisme ou l’empoisonnement au mercure. Voyons donc.

Je vous ai dit que je crois au « vivre et laisser vivre ». Je crois encore plus à la logique, à la science et surtout, à l’importance capitale de s’instruire avant de prendre une décision. Puisqu’apparemment, la vaccination est à présent un choix appartenant au parent, puisqu’il faut remettre l’épineuse question sur le tapis, examinons les faits.

Pas moins de 14 études sérieuses et rigoureuses ont prouvé l’ineptie des conclusions avancées par le Dr Wakefield, le gastroentérologue britannique responsable de cette controverse. Depuis la publication en 1998 de son étude, récemment qualifiée de « trucage délibéré » par le British Medical Journal, 10 des 13 chercheurs dirigés par Wakefield se sont rétractés. Ce dernier a de plus été accusé de « mauvaise conduite professionnelle grave » et la revue médicale The Lancet a retiré l’article de ses archives.

En 2019, on remet en doute l’un des plus grands progrès en santé publique. Progrès qui a contribué, excusez-moi pardon, à faire grimper notre espérance de vie de 50 à 80 ans en moins de cent ans. Je ne sais pas pour vous, mais moi je vis très bien avec cette idée. EILLE. Saviez-vous qu’avant l’avènement de la vaccination, la rougeole, la poliomyélite, la diphtérie et autres maladies infectieuses ont rendu infirmes des milliers d’enfants et en ont tué des millions? Je me permets de citer Luis Barreiro, professeur au département de pédiatrie de l’UdeM et chercheur au Centre de recherche du CHU Ste-Justine : « Les gens qui choisissent de ne pas vacciner leurs enfants mettent non seulement leur propre progéniture en danger, mais aussi celle des autres. La vérité est que les remèdes dits “naturels” ou “alternatifs” n’empêcheront pas les microbes d’infecter les gens. Le système immunitaire ne fonctionne pas ainsi. »

En 2002, la rougeole était officiellement éliminée des Amériques. En 2011 au Québec, plus de 750 cas de rougeole ont été recensés, dont les deux tiers chez des enfants. Près de 70% des personnes atteintes n’avaient pas reçu de vaccin. Pas plus tard que la semaine dernière, à Portland en Oregon, on comptait 32 enfants atteints de cette même maladie, dont 27 non vaccinés. Simple hasard? Épreuve divine? Le gros bon sens nous suggère que non et les autorités de la santé du monde entier s’entendent pour attribuer ces recrudescences à la baisse du taux de vaccination. 

Qu’est-ce qu’il faut de plus? On achète des sièges d’auto assez solides pour un voyage intergalactique. On se casse le dos à installer nos enfants dedans, face vers l’arrière le plus longtemps possible parce c’est ce qui est le plus sécuritaire. On leur met des casques, des gants, des protège-tout. On leur lave les mains, on leur apprend à tousser dans leur coude, à ne pas manger de sable, à regarder des deux côtés avant de traverser la rue. Ah mais le vaccin, ça, c’est beaucoup trop dangereux. Laissons-le attraper la coqueluche, c’est bon pour renforcer son système immunitaire.

Enfin. Si vous êtes indécis, de grâce, informez-vous correctement avant de faire un choix. Lisez ceci : http://lepharmachien.com/pour-contre-vaccination/

ou ceci :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/518662/rougeole-eclosion-explications

http://www.santecom.qc.ca/Bibliothequevirtuelle/Mauricie/9782893402659.pdf

Chloé